
Les BRICS s’affirment face au dollar
Le sommet des BRICS, qui s’est tenu du 22 au 24 août à
Johannesburg, a fait parler de lui à juste raison : cette organisation
internationale est en effet amenée à prendre de plus en plus d’importance dans
le concert des nations. Le plus visible est qu’elle grandit : les pays
fondateurs (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) ont accueilli six
nouveaux membres : l’Arabie saoudite, l’Argentine, l’Égypte, les Émirats
arabes unis, l’Éthiopie et l’Iran. Ce qui commence à peser au niveau
mondial : 36 % du PIB, 46 % de la population, 80 % de la production de
pétrole. Et de nombreux autres pays frappent à la porte, on parle d’une
quarantaine de candidats.
La rumeur d’une monnaie commune aux BRICS a circulé, et
ne plus dépendre des transactions en dollars constitue un objectif affiché.
La déclaration finale du sommet souligne « l’importance
d’encourager l’utilisation des monnaies locales dans le commerce international
et les transactions financières entre les BRICS ainsi que leurs partenaires
commerciaux ». Passer par le dollar oblige à en acquérir en échange de sa
propre devise, et donc à faire grimper la monnaie américaine contre la sienne.
La Banque centrale doit en posséder suffisamment pour répondre aux besoins des
importateurs, monnaie de transaction et monnaie de réserve vont ensemble.
Échanger des biens en passant par sa devise soulage de ces contraintes, et
c’est ce que fait la Chine en Asie depuis plusieurs années, et plus récemment
avec l’Arabie Saoudite qui accepte des yuans en contrepartie de son pétrole. En
outre, utiliser le dollar expose à l’extraterritorialité du droit américain, ce
qui peut faire peser une menace juridique.
Autre argument : le risque de voir ses dollars
chèrement acquis réduits à rien, et se retrouver mis au ban du commerce
international. Les sanctions prises par les États-Unis, - suivis par l’Union
européenne-, envers la Banque centrale de Russie suite à l’invasion de
l’Ukraine ont sonné comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Jamais une
telle décision n’avait été prise non sans impact, les avoirs en dollars de
l’institution monétaire russe se sont en effet volatilisés. Depuis les nations
peuvent penser qu’en cas de conflit avec l’Oncle Sam, leurs avoirs en dollars s’amenuiseront,
d’où l’urgence de trouver des alternatives.
De son côté, la Chine n’a pas attendu les sanctions contre
la Russie pour commencer à diminuer ses réserves en dollars : depuis
décembre 2021, ses actifs en bons du Trésor américains ont baissé de 205
milliards de dollars, soit 20 % du total. Et d’autres pays suivent. Cela pourrait
avoir un impact fort sur les États-Unis pour financer leur déficit
budgétaire : qui va acheter leurs Treasury Bonds ? BRICS
contre hégémonie US, à suivre.
Cette incertitude rétrécit l’horizon temporel, prendre
des décisions devient plus complexe, les investissements, conditions de la
croissance, sont sensibles. C’est aussi pour cette raison qu’il faut vaincre
l’inflation.