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L’Institut de la Finance Durable : soutenir et amplifier l’action de la Place de Paris pour réussir la transformation de l’économie et la transition écologique

Lancé en octobre 2022, l’Institut de la Finance Durable (IFD), branche de Paris Europlace, a pour mission de rassembler, coordonner et dynamiser les initiatives de la Place financière de Paris en matière de finance durable. L’Institut soutient la transition écologique et la mutation de l’économie vers un modèle bas-carbone et pérenne, conforme aux engagements de l’Accord de Paris et aux Objectifs de Développement Durable de l’ONU. Rencontre avec Cécile Goubet, sa directrice générale.

Pour bien comprendre les actions de l’IFD, il faut d’abord s’intéresser aux enjeux de la transition qui sont progressivement intégrés dans les prises de décision. Ces enjeux peuvent être environnementaux (changement climatique, disponibilité des ressources comme l’eau ou biodiversité, déchets et qualité de l’air), sociaux ou encore de gouvernance.

 « Ce que nous portons à l’IFD, c’est que la finance durable n’existe pas seule. Elle s’inscrit dans un tout : une ambition politique, une transition économique (et industrielle) et des flux financiers. Depuis le milieu des années 2000, on observe une forte montée en puissance des sujets environnementaux et du poids des externalités dans le monde de la finance. Cette prise de conscience implique, à terme, que la finance durable ne soit plus une option mais le standard, intégrant systématiquement les effets externes dans chaque décision. En attendant, plusieurs ‘branches’ de la finance ont émergé. »

La finance responsable (ou durable) constitue le cadre le plus large : elle désigne l’ensemble des pratiques financières intégrant des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans les décisions d’investissement ou de financement. La finance solidaire en est une déclinaison plus ciblée, historiquement proche de l’économie sociale et solidaire (ESS), qui privilégie le financement de projets à forte utilité sociale ou territoriale, souvent adossés à des labels comme Finansol et impliquant généralement une dimension de partage ou de don. La finance à impact, enfin, se distingue par une exigence plus élevée vis-à-vis du rôle actif de l’investisseur : elle repose sur une stratégie d’investissement explicitement orientée vers la maximisation d’un impact positif mesurable, structurée autour de trois piliers — l’intentionnalité (volonté claire de générer un impact), la mesure et la gestion de cet impact dans le temps, et l’additionnalité, c’est-à-dire la capacité à démontrer que l’investissement produit un effet qui n’aurait pas eu lieu en son absence.

« Très tôt, Paris Europlace s’est intéressé aux sujets de finance durable. Le tournant marqué par la Conférence des parties à la CCNUCC de Copenhague en 2009 puis l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris en 2015 a confirmé l’importance d’intégrer les enjeux de financement de la transition et de durabilité dans la finance. L’IFD est donc né de cette volonté de la Place de se saisir de ces sujets. En réunissant autour de la table les pouvoirs publics qui fixent les règles, les entreprises qui produisent et déploient les solutions, et les financiers qui allouent le capital, nous identifions et valorisons les actions concrètes de la Place mais aussi produisons des outils et langages communs pour harmoniser les pratiques. »

L’IFD réunit ainsi l’ensemble des parties prenantes – acteurs privés, publics et institutionnels – de la Place de Paris afin de faciliter le dialogue et de faire avancer le financement de la transition écologique.

Un panel d’outils et d’actions concrètes pour accompagner le changement

Concrètement, l’Institut œuvre à établir des propositions concrètes pour faciliter la mobilisation des financements privés pour la transition (y compris dans les pays pauvres et émergents), à la standardisation des méthodes d’analyse et de reporting, à l’intégration des enjeux de préservation de la biodiversité et du capital naturel, à la diffusion des bonnes pratiques et au suivi réglementaire. En 2024, il a publié une charte d’impact investisseurs, avec pour ambition de promouvoir une finance à impact rigoureuse et transparente tout en contribuant à l’harmonisation des pratiques de marché. Cette charte vise à établir un référentiel commun applicable à l’ensemble des classes d’actifs pour les fonds existants ou en cours de création qui souhaitent se revendiquer « à impact ». En pratique, toute société de gestion désireuse de qualifier l’un de ses fonds comme fonds à impact doit adhérer à la Charte et procéder à l’évaluation du ou des fonds concernés au moyen de la grille d’évaluation du potentiel d’impact. Pour être reconnus comme « à impact », les fonds doivent atteindre un score minimal (65 points pour l’année 2026) et satisfaire à 12 questions de qualification.

Des défis, mais une approche résolument confiante

Malgré le recul perçu de certains acteurs au niveau mondial sur leur engagement dans la transition climatique, Cécile Goubet reste optimiste quant au développement et la place de la finance durable dans les années à venir.

« Il faut garder en tête que chaque dixième ou centième de degré en moins est une victoire. Les énergies décarbonées représentaient en 2025 les 2/3 des investissements énergétiques. L’enjeu n’est pas uniquement environnemental, il est devenu stratégique. Les pays cherchent à réduire leur dépendance et à maîtriser les technologies d’avenir. Cela renforce la tendance de fond. Les efforts qui ont été faits sont payants, et, bien que la route soit longue, nous progressons, c’est indéniable. »

Le maître-mot ? L’endurance. Car le temps des projets industriels liés à la transition n’est pas celui des projets financiers.

« Il faut savoir être patient. De nombreuses actions sont lancées, il reste beaucoup à faire mais la transition s’inscrit nécessairement dans le temps long, et la dynamique est déjà là. Les acteurs financiers français et européens sont mobilisés. »

Assureurs, banques, sociétés de gestion d’actifs… Les chiffres prouvent en effet que les acteurs de la place financière sont de plus en plus concernés par les enjeux de durabilité. Les assureurs comptabilisaient 114 milliards d’euros d’encours d’investissements verts à fin 2020, soit 5,4 % du total des encours gérés par les assureurs en France. Du côté des banques, le montant des prêts et crédits verts atteignait les 200 milliards d’euros, dont 44 milliards d’euros de prêts pour financer des infrastructures d’énergies renouvelables[1]. Concernant la gestion d’actifs, les fonds classés SFDR (article 8 et article 9) ont progressé de 15,4 % sur un an en France, soit 1 647 milliards d’euros d’encours[2]. Enfin, pour ce qui est des entreprises, l’encours des obligations durables s’élevait à 4,3 billions de dollars fin 2023 dans le monde, contre 641 milliards de dollars cinq ans plus tôt[3]. Quels sont alors les freins qui persistent ?

« Pour financer la transition, les projets doivent être rentables et dérisqués. Des ‘stop and go’ dans de nombreux domaines, le manque de stabilité ou de vision vont à l’encontre de ces besoins. Le succès du financement de la transition en France et en Europe passe par un cap clair, lisible mais aussi par le fait d’avoir une Place financière qui soit forte, car l’épargne peut être fléchée vers des projets de transition. C’est tout le sens de notre mission ! »

3 questions à Laura Bellet, directrice de la recherche ISR chez Delubac Asset Management

Delubac Asset Management est signataire de la Charte de l’IFD. Qu’est-ce que cela implique concrètement ?

L.B. : En adhérant à la Charte, Delubac Asset Management s’inscrit dans une finance exigeante et reconnue sur la Place de Paris, fidèle à sa conviction que la finance joue un rôle de premier plan dans l’économie réelle et dans la transition écologique et sociale. Cette démarche irrigue nos processus d’investissement et nous permet d’identifier nos axes de progrès. Concrètement, au quotidien, l’équipe intègre systématiquement des critères de durabilité dans l’analyse des titres, travaille à la mise en place d’un suivi et d’une mesure de l’impact environnemental et social des investissements, et échange régulièrement avec ses clients pour apprécier leur contribution potentielle à des objectifs durables.

Quelle place occupe aujourd’hui la finance durable dans votre offre ?

L.B. : La finance durable constitue une dimension centrale de la stratégie de Delubac AM. Nous disposons d’une gamme largement orientée ESG, construite par des collaborateurs fortement engagés et expérimentés sur ces sujets. Désormais, tous nos nouveaux produits intègrent une dimension significative de durabilité et d’impact, et ce quelle que soit la classe d’actifs concernée (actions, obligations, OPC, dette non cotée, etc.).

Comment évoluent les attentes de vos clients en matière de finance durable ?

L.B. : Nous cherchons à concilier gestion de conviction et sens afin de rendre la finance réellement utile. De plus en plus d’investisseurs souhaitent aligner leur patrimoine avec leurs valeurs et s’intéressent particulièrement aux fonds intégrant un mécanisme de partage, comme celui de Delubac AM qui reverse une part significative de ses frais de gestion nets à des organismes bénéficiaires (tels qu’HELEBOR ou la Croix-Rouge française). Ces solutions permettent d’investir de manière traditionnelle tout en soutenant une cause. Par ailleurs, un effort de pédagogie est mené auprès de nos clients pour clarifier les enjeux ESG, et l’on observe chez eux une volonté croissante de suivre l’impact réel de leurs investissements.

[1] Observatoire de la finance durable, 2021
[2] AFG, Panorama de la gestion d’actifs, 2025
[3] OCDE, Rapport sur la dette mondiale, 2024